Conclusion des journées

 

Je m’appelle Harry

A l’ANPASE, ils m’invitent de temps en temps quand mon éduc, y peut pas venir. Mon éduc y m’a dit « vas-y  t’occuper de la synthèse du colloque sur les violences conjugales à Roubaix ! »

Moi, Harry, gamin de la DDASS, celui à qui on n’arrête pas de dire, depuis que je suis tout petit « tout ce qu’on fait c’est pour ton bien », c’est vrai que j’ai l’habitude des synthèses.

Mon éduc y aurait dû y être au colloque de l’ANPASE sur les violences conjugales mais à ce qui parait, il a glissé sur une savonnette et se retrouve à l’hôpital. La violence conjugale toucherait –elle tous les milieux !

« Du coup de foudre à la foudre des coups ».

Le coup de foudre, ma mère elle connait, à 16 ans, elle est tombée amoureuse d’un cycliste, elle en a perdu les pédales.

Dans les contes de fée, la princesse embrasse la grenouille qui se transforme en prince charmant. Mais aucune bonne fée ne s’était penchée sur le berceau de mon père et le prince charmant s’est transformé en un vilain crapaud.

Chez nous, c’est mon père qui fait la pluie et le beau temps et surtout l’orage ; la foudre s’abat alors sur ma mère.

Moi, je suis un dommage collatéral d’un acte sexuel et procréatif conçu dans une période de lune de miel.

Dans ma famille à moi, je ne sais jamais à quoi m’attendre. Des fois mes parents y sont copains comme cochon, et ils font de ces trucs ! Des fois, c’est des cris, des pleurs, des coups sur ma mère, sur nous et moi je ne suis pas bien avec ça.

Mon éduc y dit que je vis dans un climat insécure.

Y cause bien mon éduc, il emploie même des mots savants.

Mon éduc, vous le connaissez peut être, c’est un éduc à domicile. Non ce n’est pas ce que vous croyez, il ne consulte pas chez lui à domicile, y a trop de bordel avec sa famille recomposée… non il va au domicile des gens, des pauvres, des cassos, ceux qui habitent rue des allocs.

Il a d’abord suggéré  du bout des lèvres à mon père de faire un génogramme en 3D pour mieux appréhender les transactions au sein de la famille. Là mon père il s’est fâché, il a dit à ma mère « méfie te, il cherche à nous vendre quelque chose ».

En fait, moi je crois que ma famille est un cas désespéré. Mon éduc il a dit à sa collègue qu’il allait s’appuyer sur le réseau, alors je me suis dit que s’il faut qu’ils s’y mettent à plusieurs ça doit être grave, je suis mal barré.

Mon éduc, il a dit qu’il s’occupait de la protection des enfants mais je vois bien qu’une fois qu’il a bien énervé mon père, il s’en va et je me retrouve tout seul pour me protéger.

Mon éduc y sait pas lui ce que c’est. Moi je vis un truc qui ne s’apprend pas dans les livres d’école.

Le truc de mon éduc, c’est de vouloir détricoter, conjugalité et parentalité. Question conjugalité, mon père et ma mère c’est un couple qui se conjugue au passé. Question parentalité, c’est mal barré « on ne naît pas parents, on le devient » qu’y dit mon éduc…mais moi je commence à trouver le temps long !

Lui y cause couple conjugal et couple parental, c’est son truc préféré, mais les violences dans le couple ne s’arrêtent pas avec la fin de la vie conjugale ; elles continueront à s’exercer, a dit une dame au colloque. Y serait temps que mon éduc y s’intéresse à la parentalité en parallèle !

Moi, je ne me plains pas ; ma mère dit toujours que se plaindre ça ne sert à rien. Elle a essayé plusieurs fois mais ça a été classé sans suite… enfin presque parce que mon père s’en est occupé personnellement de la suite.

Pendant ce temps-là, mon éduc était en réunion de travail territorial. Pour mieux apprendre à se connaître entre services, rien de tel qu’une petite causerie autour d’un café qu’y dit !

Du café et des petits gâteaux, il y en avait aussi au colloque de l’ANPASE, au moment de la pause, servi par des retraités, des ancêtres du travail social parait-il !

Il fallait bien ça pour se réconforter après les témoignages des intervenants qui ont souvent laissé les participants sans voix !

J’ai même vu un type dans la salle qui n’ayant pas les mots pour dire, s’est mis à dessiner avec talent et humour ce qu’il entendait.

J’ai aussi découvert que les situations de femmes victimes de violences conjugales, passées de l’ombre à la lumière des tribunaux deviennent le gagne-pain de nombreux professionnels, juristes, experts, travailleurs sociaux… pendant des années.

J’ai rencontré des juristes venus au colloque avec une boite à outils, avec un entonnoir à statistiques. Mais y a un truc que je n’ai pas compris. La dame elle a dit qu’il faut traiter le « mâle à la source » ; ma mère en rêve depuis toujours de revenir au temps où mon père ne buvait que de l’eau … de source!

Moi, je croyais que j’avais été une enfant exposé parce que bébé, j’avais été photographié, nu sur un petit coussin, et bien pas du tout ! Le Docteur il a dit que c’était à cause d’une affaire d’interactions parentales systémiques entre eux et moi, voire même systématiques et élastiques.

Tous les intervenants ont insisté sur la nécessité de la formation.

A ce qui parait, y a même des stages de responsabilisation parentale mais je ne sais pas, si mon père y va, est ce qu’il sera payé par pôleemploi ?

Moi, je crains que s’il fréquente les autres hommes auteurs de violences conjugales, il finisse radicalisé.

Le colloque se termine. Une mère et sa fille ont témoigné de leur vécu de victimes avec les mots de l’émotion. Respect !!!

Il ne me reste plus qu’à vous dire au revoir au nom de mon éduc et de ses collègues engagés bénévolement dans cette aventure de l’ANPASE qui les a conduits à bâtir ensemble et à vous proposer durant ces deux journées, cette mutualisation des savoirs.

Chapeau pour eux !

ACTION DE FORMATION ANPASE à ROUBAIX

des 4 et 5 Octobre 2018

La problématique des violences conjugales en France.

De la violence conjugale aux violences intrafamiliales


Objectifs


Acquérir des connaissances et engager une réflexion permettant de :

  • Mieux comprendre ce qui se joue dans un couple lorsque s'installent des transactions violentes
  • Resituer cette problématique dans un contexte sociétal
  • Commenter les réponses actuelles à cette problématique familiale et sociale.

S'inscrire dans un parcours de professionnalisation, c'est aussi acquérir la capacité à prendre du recul par rapport à certaines croyances ou idées reçues bien ancrées dans l'opinion.


Prérequis


Accepter de remettre en cause certaines idées reçues telles que :

  • La violence conjugale n'existe que dans les milieux défavorisés
  • Une femme maltraitée qui reprend la vie commune ou reste avec un homme violent aime recevoir des coups.
  • La violence conjugale n’affecte pas les enfants.
  • Dans un couple, seule la femme peut être victime de violences

Ce qui est proposé lors de ces journées


Développer ses connaissances
  • Il est proposé d'acquérir des connaissances générales sur le thème de la violence au sein du couple.
    • Exposé de quelques éléments théoriques, et en particulier la théorie fonctionnelle de Lenore Walker (1979) expliquant le cycle de la violence conjugale comme un processus systémique et non comme une relation de cause à effet.
    • Exposé des évolutions législatives, acquisition de connaissances au niveau législatif
  • Il est proposé de s'intéresser au traitement de cette problématique : l'accompagnement des victimes et auteurs de violences, la formation des professionnels, l'information du public. Mieux connaître les dispositifs mis en place pour tenter de répondre à ces problématiques est par ailleurs indispensable pour les professionnels amenés à intervenir dans ce type de situation.
  • Il est proposé aux participants de transmettre préalablement  leurs préoccupations aux intervenants  afin de mieux répondre à leurs attentes. Cette démarche interactive viendra fournir des indicateurs complémentaires à l’évaluation.

Pourquoi


Comprendre les mécanismes des violences conjugales, cela permet

  • de porter un autre regard sur ce processus et sur les acteurs qui y sont impliqués (conjoints, enfants, entourage familial, professionnels, corps social),
  • d'avoir une écoute plus attentive à ce qui peut être exprimé par des victimes ou auteurs de violence,
  • de mettre du sens sur certains comportements qui interrogent (par exemple une reprise de vie commune après un vécu de maltraitance).

Le déroulé


Une invitation à des regards croisés:

  • sur ce qui se passe du côté des adultes (victimes et auteurs)
  • sur ce qui se passe du côté des enfants
  • sur ce qui se passe pour les intervenants

En plénière et en ateliers les participants sont invités à s’engager dans une démarche réflexive en mutualisant les savoirs. Les savoir-faire d’expérience sont fragiles sans la compréhension et la connaissance. Aussi des professionnels, des chercheurs développant concepts et analyses seront là pour éclairer leur approche de la thématique en lien avec le questionnement des participants.

Tout le monde est concerné par cette violence ordinaire qui touche des hommes et des femmes ordinaires et qui n’est pas l’apanage d’un groupe social, économique ou culturel.

Ces journées s’adressent donc à toute personne intéressée par cette problématique mais plus particulièrement aux travailleurs sociaux ou étudiants en institut de formation de travailleurs sociaux.


L’évaluation


La démarche est interactive.

  • Avant les journées, un document adressé aux participants pour formuler leurs attentes.
  • Dès l’arrivée au colloque, des documents d’évaluation remis aux participants avec une invitation à les compléter et les remettre le dernier jour avant de quitter le colloque.
  • Après le colloque, le bilan de l’évaluation disponible sur simple demande

Les intervenants


  • ANSSENS-MASCARO Rosa est Pédopsychiatre et Directrice d'un centre d'action médico-sociale précoce Evaluation des interactions précoces entre le bébé et ses partenaires
  • AIRIAU Marine et MATTEOLI Anna sont Juristes, Chercheures au Centre de droit privé fondamental, faculté de droit de Strasbourg,  représentantes du CIDFF du Bas-Rhin.
  • BALLONET Sandrine est Référente Départementale Violences Conjugales, Directrice de l'association Louise Michel qui est  membre de la "Fédération Nationale Solidarité Femmes".
  • BODELOT BISSIAU Julie Formatrice consultante « Approche pluridisciplinaire des violences conjugales » pour former les professionnels, juristes ou non-juristes, confrontés à des situations de violences conjugales, dans une approche pluridisciplinaire (sociologique, juridique et judiciaire, médicale, psychologique).
  • BODSON Sandrine et SNEEPER Barbara sont Criminologue et Psychologue; elles représentent le CVFE de Liège, à savoir Le Collectif contre les Violences Familiales et l'Exclusion - organisme qui lutte aux côtés des femmes contre les violences entre partenaires et l'exclusion socio-économique.
  • LAUNAY Mathieu du COLLECTIF Aide Sociale à l’Enfance autour de la prise en compte des situations de violences conjugales.
  • MAGNIER Wilfrid est Psychothérapeute Familial et Formateur à ENSSYCOFA.
  • PAVO est Educateur Spécialisé - Dessinateur - Auteur de Bandes dessinées.
  • SADLIER Karen est docteure en psychologie clinique.Elle exerce en cabinet privé et participe dans plusieurs projets de l’observatoire de violence envers les Femmes 93, le Centre Hubertine Auclert, et des missions du gouvernement concernant la violence. Elle supervise l’équipe du 3919 ainsi que plusieurs autres équipes dans le champ traumatique. Directrice du département enfants et adolescents du Centre du Psychotrauma de l’Institut de Victimologie, Paris entre 1996 et 2014, elle est aussi ancienne secrétaire générale de la Société Européenne pour l’Etude du Stress et du Trauma. Parmi ces écrits : La violence dans le couple : un défi pour la parentalité (2015) Dunod, Paris, L’enfant face à la violence dans le couple (2015 2eme édition), Dunod, Paris
  • Service la Pose, en association le SIAO H. et l’AJAR Aide aux victimes, sur la prise en charge des femmes violentés sur le Valenciennois
  • JACOB Anne, directrice (et sous réserve, VERMEER François  Psychologue) à l’ASBL Praxis. Praxis aide les auteur(e)s de violences conjugales et intrafamiliales et réalise un travail de responsabilisation en groupe.
  • Avec les témoignages de
    • LANGE Alexandra, auteur de « L’Emprise » « Quand l'emprise mentale et émotionnelle s’installe… »
    • Saraï-Béthanie « Quand la famille n’est plus un lieu de protection pour les enfants… »

Durée de la formation et modalités d’organisation


La durée de la formation, est de 12 heures.

Le repas du midi qui se prendra sur place est inclus dans le cout des journées: 120€ pour les deux jours

La formation alternera des interventions en plénière, des témoignages en ateliers,

Le fil rouge sera assuré par un membre de l’ANPASE.

Le nombre de stagiaires prévu est de 200

Elle se déroulera les jeudi et vendredi 4 et Octobre 2018


Lieu de la formation


L’ENPJJ de Roubaix (59), dont Mme Anne DEVREESE est directrice générale, Enpjj

accueille l’ANPASE dans ses murs les 4 et 5 octobre 2018.

16, rue du Curoir, 59100 ROUBAIX

 

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Date de dernière mise à jour : 19/10/2018