Au jeu de l'action sociale saisir la balle au bond

Max

Invité à la table ronde  pour évoquer : initiatives et marges de manœuvres pour l’action sociale, j’ai décidé de faire un pas de côté. J’ai saisi la balle au bond et je l’ai laissé ricocher !

Je me suis laissé dire que les bonnes pratiques d’hier sont devenues les mauvaises habitudes d’aujourd’hui !

Et pourtant toutes les innovations d’aujourd’hui s’enracinent dans le passé.

*

Auparavant il fallait que ça tourne !

Un bon éducateur, c’était celui qui tenait son groupe, qui faisait que ça tournait !

Un bon cadre, c’était celui qui tenait son équipe qui faisait que ça tournait !

Cette routine convenait à certains, les éducateurs attrapaient de la bouteille et mettaient au pas les petits nouveaux. J’en ai même connu qui abusait de la bouteille.

Mais il y avait aussi ceux qui développaient une pensée tout azimut, en dehors des itinéraires connus,

*

Ce genre de mecs, un peu azimuté, prenait des risques au-delà du raisonnable diront certains aujourd’hui ! Les cadres le savaient, ils leur rappelaient qu’il y avait des règles à suivre par une formule du genre « déconnez pas trop les mecs ! »

Mais  en occupant le terrain, en mouillant le maillot ils entraînaient les jeunes avec eux.

Plus le temps passe et plus j’ai l’impression qu’il y a du monde dans les tribunes et de moins de gens sur le terrain. Et ceux que je vois dans les tribunes, ils ont troqué le maillot contre le parapluie.

*

De nos jours, il ne faut plus que ça sorte du cadre !

Un bon éduc doit garder un œil sur le projet personnalisé, et un autre sur l’enfant sur l’enfant.

D’une oreille il doit être à l’écoute de la famille, de l’autre, il doit être à l’écoute de son chef.

De la main droite, il doit savoir rédiger une note pour le juge et de la main gauche, un compte rendu de la réunion de partenariat.

Un bon éducateur doit être connecté en permanence, d’ailleurs le téléphone portable à la ceinture a remplacé le trousseau de clés que portaient ses prédécesseurs.

Une addiction en a remplacé une autre.

*

De nos jours, un bon cadre doit s’assurer que tout le monde reste dans les clous, tout en développant une pensée proactive et projective dans le respect du risque zéro et la maîtrise des coûts

*

C’est vrai, après tout, pourquoi  oserait-on penser en dehors du cadre ?

Nous avons les 45 recommandations de bonnes pratiques professionnelles de l’ANESM, qui viennent baliser le champ du social : entre 50 et 150 pages à chaque fois soit quelques 4000 à 5000 pages et ce n’est pas fini ; il y en a d’autres en préparation !

On a voulu vous faire croire qu’adopter une démarche qui respecte cette nouvelle bible du social serait le gage d’une bonne démarche de qualité et d’une bonne évaluation avec la cerise sur le gâteau : une bonne nouvelle habilitation alors qu’au final, c’est le principe du moindre coût qui guide nos financeurs.

*

Et ce n’est pas fini ! Moi, je pense que les directeurs et cadres dirigeants vont devoir bénéficier d’un stage au cirque éducatif  de Douai. Je leur conseille une formation d’équilibriste car après l’ANESM, ils ont inventé l’ANAP, l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements. Voilà qu’il va falloir faire de mieux en mieux avec de moins en moins de moyens !

*

Mais le pire est à venir ; voici qu’est apparu un nouveau syndrome; le syndrome post-Noël.

Il ressemble fort au syndrome de Stockholm.

De la lingerie de nos Ets à la salle du conseil d’administration, en passant par le bureau du directeur se développe une sorte d'empathie, voire une sorte de contagion émotionnelle vis-à-vis des tarificateurs qui nous privent de moyens, pour notre bien : « Les pauvres, ils font ce qu’ils peuvent avec le peu qu’ils ont ! »

*

Quelles initiatives, quelles marges de manœuvres pour l’action sociale aujourd’hui ? Me direz-vous !

Face à ce nouveau syndrome qui nous guette,  un seul mot d’ordre : « créer et résister ».

Il n’est plus temps de se dire que le temps va changer les choses, en fait le temps ne fait que passer et nous devons changer les choses nous-mêmes. Pour éviter que l’approche du travail social ne soit plus que comptable.

Si nous ne défendons pas notre identité, nos valeurs, la plus-value de notre travail, nul ne le fera pour nous.[1]

Créer et résister, chacun de sa place, c’est oser penser en dehors du cadre, pour retrouver des marges de manœuvres et d’initiatives dans le travail social.

Créer et résister, autant prêcher dans le désert diront certains, ça ne sert à rien ! Qui sait ? Il y en a un qui l’a fait, il y a deux mille ans et on en parle encore !

************

Quelques tweets sont arrivés pendant la conférence :

Gérard de Loos nous écrit : « Les travailleurs sociaux d’aujourd’hui, se posent beaucoup de questions, les jeunes d’aujourd’hui ont ils le temps d’attendre qu’ils finissent de réfléchir aux questions qui découlent de la question initiale pour que l’on s’occupe d’eux. »

Roland du Pavé nous écrit : «depuis la loi 2002-2, certains travailleurs sociaux, semblent atteint de mutisme sélectif, symptôme complexe et mystérieux. Eux qui savaient tant parler à la place des familles, restent sans voix, et ne semblent ne plus savoir parler par eux-mêmes et pour eux-mêmes »

François des Hauts de France nous écrit : « le conseil général, contribue fortement à l'effet de serre la vis, les carottes sont cuites, plus que quelques radis au fond des tiroirs ; il va falloir attendre la prochaine campagne d’élections pour mettre du beurre dans les épinards »

Paul de St Omer les Dunkerque nous écrit « Ma tante Charlotte a de grosses totottes, les petites associations ont intérêt à se serrer les coudes et à se serrer les … car mon oncle Edouard a un gros CEPOM ! »

E LEMAIRE cadre du social

 


[1] Si nous ne disons rien, nous développerons le syndrome de post-noël, une variante du syndrome de Stockholm qui nous conduira à adopter les idées des autres. Le travail social a un coût dont nous n’avons pas à avoir honte !

 

Ajouter un commentaire

 

Date de dernière mise à jour : 25/03/2016