Equipe DEFI

Defi 4

Nous avons été sollicitées pour vous présenter le travail que nous menons avec les familles que nous accompagnons à partir de leur domicile.

Notre service est un SAAMAD, Service d’Accueil, d’Accompagnement avec Maintien  à Domicile.

Il est l’un des services d’un établissement associatif, « Les MOUTATCHOUS » créé à Haubourdin, près de Lille, en 1971. L’établissement accueille et accompagne 120 jeunes et leurs familles à partir de modalités de prises en charge variées : internat, accueil de jour, accueil familial spécialisé et accompagnement à partir du domicile. Ces enfants sont en grande majorité confiés par décision de justice à l’aide sociale à l’enfance, quelques-uns le sont à partir d’un accueil provisoire.

Les enfants confiés à l’établissement bénéficient d’un accompagnement pluridisciplinaire, reposant sur une prise en charge conjointe,  éducative et thérapeutique.

 

Nous allons tenter de vous présenter le Service dans lequel nous travaillons toutes les trois, chacune à partir de sa place, de sa fonction, de sa formation.

 

Tout d’abord, un peu d’histoire, pour illustrer comment s’est créé ce service

Le début de la démarche prend racine en 2002, lorsqu’au sein de l’établissement nous mettons en place les réunions de projet pour chaque enfant, en présence de leurs parents.

Il nous faut alors repenser le rapport parents-professionnels, en commençant par repenser notre façon de faire équipe…

Pour faire une vraie place aux parents autour de la table, il nous fallait commencer par regarder comment nous occupions la nôtre.

 

Nous avons repéré quatre valeurs partagées au sein de l’établissement:

Chacun a un savoir en rapport avec de la théorie ou des techniques selon sa formation ou son parcours. Chacun a un savoir d’expérience, un savoir-faire, un savoir être… ainsi, il n’existe pas de hiérarchie de compétences, mais une complémentarité.

 

Nous ne sommes pas aux mêmes places et personne ne peut occuper toutes les places.

 

Chacun a le droit de penser ce qu’il pense ; chacun de sa place voit l’enfant et la situation familiale sous un angle différent.

 

Chaque parent a une façon singulière d’être parent, au-delà de ses défaillances. Nul ne saurait être résumé à ses actes.

 

Nous cherchions donc à construire à plusieurs, dans le respect des places et des prérogatives de chacun.

A partir de 2002, cette expérimentation du travail non plus entre nous mais avec les parents va nous conduire à imaginer d’autres formes de travail possibles avec les familles.

 

Nous sommes partis de six constats qui ont suscité la volonté de faire autrement :

Entre vivre tout le temps en internat ou en famille d’accueil et vivre tout le temps dans sa famille il manquait un maillon, une étape intermédiaire

Il nous semblait important de répondre autrement pour permettre aux enfants et à leurs parents de faire l’économie de la souffrance de la séparation.

Nous avions l’expérience de possibles : réunir parents et professionnels autour d’une même table et réfléchir ensemble en ayant le souci de l’enfant

Nous savions que d’autres pratiques de travail existaient dans d’autres régions

L’évolution des textes législatifs, la loi de 2002 notamment, est venue interroger nos pratiques.

Nous partagions l’envie de faire autrement. Nous partagions la croyance que nous pouvons avoir raison à plusieurs, que chacun de sa place voyait une facette de la situation que chacun détenait un petit bout de vérité, que nous étions riches de nos différences et que la somme de ce que chacun apportait au collectif  produisait quelque chose de plus … que le simple empilement de nos savoirs.

 

La démarche de l’équipe pluridisciplinaire des MOUTATCHOUS est alors de construire une nouvelle approche, à partir de ce dont chacun a besoin, familles, enfants, professionnels, une mesure de co-responsabilité entre parents et professionnels. C’est un défi que nous avons tenté de relever.

 

En 2003, le conseil d’administration de l’association Les MOUTATCHOUS a validé cette démarche et dans le cadre du Contrat Objectif et Moyens, le conseil général du département du Nord nous a suivis. Ainsi s’opère la transformation de 6 places d’internat en 10 places pour des mesures de co-responsabilité sur les territoires de Lille et de Valenciennes.

 

Alors, quelles étaient nos ressources ?

Nous étions plusieurs à partager l’expérience de l’accueil familial, c'est-à-dire l’accompagnement d’enfants à partir du domicile des assistantes familiales, qui ont chacune une façon singulière de faire famille.

C’est également l’expérience d’intervenir en position de tiers, pour faire circuler la parole, encourager le partage des émotions, réguler les tensions, les désaccords qui ponctuent toute relation, c'est-à-dire toute tentative de vivre ensemble avec nos différences.

 

Quels étaient les risques ?

En premier lieu, certainement la tentation de l’expert, celui qui sait, celui dont le savoir, légitimé par un diplôme, celui qui risque de  trouver une réponse à son besoin de reconnaissance en créant chez l’autre une dépendance à son savoir, à force de délivrer des conseils ou de penser ce qui serait bon pour l’autre.

La tentation du pouvoir, le pouvoir de celui qui, fort de ses certitudes, de son expérience durement acquise, ne supporterait ni la comparaison avec le savoir de l’autre ni le questionnement sur sa pratique.

La peur de l’inconnu, ouvrir un espace de parole pour que le parent, celui qui a été disqualifié ne soit plus « acteur » de l’accompagnement mais devienne « auteur » de l’accompagnement. C’était prendre le risque d’

 

Il fallait se lancer…. Passer du discours aux actes, faire ce que l’on a  dit, comme on l’a dit.

 

Nous avons expérimenté les premières mesures d’accompagnement à partir du service d’Accueil Familial Spécialisé de l’établissement.

Les éducateurs de ce service réalisaient alors les deux types d’accompagnement, le temps de l’expérimentation, de la poursuite de la réflexion, de l’écriture d’un projet de service.

 

En 2006, vient la création officielle du service…

Le projet initial, retravaillé avec les services du Conseil Général, trouve sa concrétisation sous la forme d’une mesure d’accueil et d’accompagnement avec  maintien à domicile, intitulée DEFI, ce qui signifie Définir Ensemble les Formes d’Intervention, c’est ce que nous tentons de faire en permanence avec les familles que nous accompagnons.

Pendant presque cinq années, le service DEFI a été accolé au service d’accueil familial puis il s’est constitué en tant que tel, avec sa propre équipe, composée de professionnels de formation éducateurs et psychologues.

Le service a la possibilité de solliciter tous les moyens offerts par l’institution pour répondre au plus juste aux besoins des enfants et de leurs familles.

Les différents services des MOUTATCHOUS peuvent en effet offrir des possibilités d’accueil séquentiel en internat éducatif ou en famille d’accueil mais aussi des possibilités de recours au service d’évaluation et d’accueil de jour ou encore aux interventions de l’équipe du dispositif de soins.

 

En 2013, après deux périodes de trois ans d’expérimentation le service DEFI reçoit du conseil général son  habilitation pour une durée de 15 ans, avec une capacité de 10 places, pour des enfants âgés de 0 à 18 ans.

Qui sommes nous aujourd’hui?

 

Le service DEFI est une mesure de type SAAMAD, Service d’Accueil, d’Accompagnement avec Maintien à Domicile, qui se réalise à partir du domicile familial et se déroule sur une période de 6 mois, renouvelable une fois.

Lorsque le quotidien est marqué par des conflits et des tensions de nature à compromettre la sécurité physique ou psychique de l’enfant , il s’agit de proposer aux parents et à l’enfant, une mesure d’accompagnement pour les aider à trouver par eux-mêmes des solutions aux difficultés qu’ils rencontrent dans la vie familiale.

Notre accompagnement s’appuie sur les compétences des parents et tient compte de leurs fragilités.

La mesure vise à permettre à la famille de passer d’une situation de déséquilibre à une situation plus équilibrée dans laquelle l’intérêt de l’enfant est mieux pris en compte.

 

Il s’agit soit d’accompagner le retour de l’enfant dans sa famille après une période de placement, soit de proposer une alternative au placement. Cette mesure d’accompagnement éducatif engage une mobilisation conjointe de professionnels et des parents de l’enfant concerné.

Ensemble nous cherchons à Définir Ensemble les Formes d’Intervention, qui pourront répondre au mieux aux besoins de la famille.

 

Il y a deux types de mesures, deux portes d’entrées dans le service: administrative ou judiciaire.

 

L’accompagnement DEFI mobilise 2 éducateurs spécialisés, une psychologue, une responsable de service. Un médecin psychiatre complète le dispositif pour des temps d’échanges sur les situations.

Qui accompagnons nous ?

 

Le service DEFI  accompagne parents et enfants

→ des jeunes âgés de 0 à 18 ans qui peuvent présenter des troubles de comportement symptomatiques de leur mal-être.

→ des parents en difficulté dans l’éducation de leur enfant et qui souhaitent une intervention sociale sans séparation.

Il s’agit le plus souvent d’une acceptation d’une aide proposée par le service de l’ASE ou d’une proposition sous contrainte formulée par un juge pour enfant.

 

Il n’existe pas de contre-indication formelle à l’intervention du service. Mais l’expérience nous montre qu’il nous est difficile de réaliser un suivi lorsque :

Il y a, au-delà des résistances habituelles, un refus massif des parents d’accepter de se questionner sur leurs pratiques éducatives.

Il y a une situation de maltraitance intra familiale avérée.

Il y a une déficience intellectuelle importante des parents et/ou des problèmes psychiatriques compromettant l’évolution des compétences parentales ou rendant la mise en mots du quotidien impossible

Il y a une  impossibilité de la part de la famille à satisfaire les besoins primaires de l’enfant (hébergement, nourriture…)

Il y a un refus caractérisé de l’intervention de DEFI par un des deux parents lorsqu’ils élèvent ensemble leur enfant.

Le lieu d’habitation de la famille est trop éloigné de la métropole lilloise.

 

Philosophie  et valeurs du service

 

→ Ce qui guide l’intervention est la recherche d’un équilibre dans « le vivre ensemble ». Il nous a fallu accepter que les priorités des parents puissent être différentes des nôtres.

Etablir une relation de confiance conduit à avoir accès à l’ensemble des préoccupations et difficultés de la famille (problématique familiale).

Cela ne suppose pas avoir réponse à tout, ni qu’il faille se mêler de tout, ni avoir compétence pour tout.

→Etre de passage dans la famille nous oblige à prendre en compte sa logique de pensée pour lui permettre d’élaborer ses positions éducatives puis les soutenir.

Les parents pensent « en parents », leurs pensées s’ancrent dans les modèles familiaux qu’ils ont connu, des croyances, des questions de bon sens, dans des échanges avec d’autres parents, parfois dans des lectures ou des émissions de télévision.

 Pour construire ensemble, il nous faut prendre en compte leurs représentations et leurs habitudes, au risque de plaquer sur leur fonctionnement un modèle qui serait le nôtre.

→L’importance de construire à partir de l’existant

Les familles ont leurs propres ressources, leurs propres réseaux d’aide sur lesquels elles peuvent s’appuyer. Souvent, elles  les ont repérés mais les sollicitent peu.

 Le service les invitera, les accompagnera si besoin, à étoffer leur réseau, à l’élargir afin de disposer de multiples ressources.

→ Un ajustement permanent

Nos modalités d’intervention ne sont pas figées dans le temps. Il est important pour nous de réajuster constamment nos façons de faire, en fonction des besoins repérés des familles et en concertation avec elles.

→ Se donner du temps

Prendre en compte la logique de la famille ne suffit pas, il faut aussi prendre en compte la notion du temps, en d’autres termes « respecter le rythme de la famille ».

Ainsi, plutôt que « d’embarquer » la famille dans un chemin qu’elle n’a pas découvert, il vaut mieux accepter de se donner du temps pour qu’elle puisse faire son propre chemin.

→ Aborder les parents à partir de la connaissance qu’ils ont de leur enfant et ne pas se positionner en « expert », en étant dans l’injonction ou le conseil.

Nous considérons que tout un chacun a en lui les ressources nécessaires au changement.

 

Comment l’accompagnement se construit-il ?

 

Plusieurs étapes jalonnent notre accompagnement :

1- Une demande d’admission est envoyée au service. Une fois reçu, ce dossier est étudié en commission d’admission

2- En commission d’admission constituée par l’ensemble des membres du service, nous prenons connaissance de la demande. A partir des spécificités de chacun (éducateurs, psychologue, psychiatre, responsable de service) nous échangeons  sur les ressources et forces mobilisables, les facteurs de risque dans la situation et l’adéquation entre notre capacité à accompagner et les besoins repérés.

A la lecture du dossier, la commission donne un avis. Si la décision est favorable, la responsable éducative contacte le référent SSD ou ASE pour lui transmettre l’information.

3-Une première rencontre à l’UTPAS est alors organisée avec les parents et le référent social.

Cette première rencontre a pour but de :

faire connaissance,

présenter le service DEFI, le rythme et le contenu potentiel des interventions, les   possibilités d’accueils d’urgence,

permettre à la famille d’exposer ce qui fait problème pour elle

permettre au service DEFI d’affiner sa compréhension de la situation familiale

Au terme de cette rencontre, la famille se positionne quant à l’engagement dans le travail. Le responsable valide alors le démarrage  de la période d’évaluation.

                      

4- La période d’évaluation, elle dure de 6 à 8 semaines. Elle nous permet de faire connaissance avec la famille pour que s’élaborent et se réfléchissent les besoins et les attentes de tous. En effet, il est important que chacun puisse exprimer ses demandes et entendre celles des autres, pour qu’un projet commun, un projet de famille puisse se construire.

Le démarrage de la périoded’évaluation commence par une VAD (visite à domicile) réalisée par la responsable du service et un éducateur ou la psychologue du service, il s’agit de rencontrer l’ensemble de la famille : parents et enfants.

Lors de la première rencontre, nous prenons le temps et le soin d’expliquer aux enfants en présence de leurs parents :

Qui a demandé notre intervention et pourquoi

A quoi sert le service DEFI pour les familles 

notre façon d’intervenir : les différents rendez-vous à venir.

 

Puis, nous écoutons chacun sur ce qui peut être difficile dans le « vivre ensemble » et ce qui « fonctionne bien ». Cette première rencontre nous renseigne souvent sur la manière dont la parole circule au sein de la famille, la capacité des uns et des autres à s’écouter, etc.

 

Suite à cette première VAD, d’autres rencontres s’organisent :

 

Des visites à domicile en moyenne tous les 10 jours.

 

Ø Les visites à domicile sont réalisées conjointement par deux membres de l’équipe, tous les dix jours, en présence des parents, avec ou sans les enfants.

Ces rencontres ont pour objectif d’échanger à partir de ce qui se vit au quotidien, d’amener chacun à réfléchir à la place qu’il occupe et de déterminer les besoins et les attentes de tous.

La fréquence des rencontres, tous les 10 jours, est un choix institutionnel. Nous pensons qu’il est nécessaire de laisser aux familles le temps de la réflexion sur ce qui a été échangé et de l’élaboration d’autres façons de faire.

Un entretien individuel pour les enfants avec la psychologue du service.

 

Une sortie extérieure avec les enfants.

 

Ø Les rencontres avec les enfants s’organisent à l’extérieur ou au sein des MOUTATCHOUS. L’objectif est d’une part d’observer et d’évaluer l’adaptation à l’extérieur du milieu familial et d’autre part de proposer des temps d’échanges qui feront ensuite l’objet d’une restitution aux parents et alimenteront nos réflexions.

 

Nos différents entretiens nous permettent d’entrevoir ce qui semble « se jouer » au sein de la  famille : les souffrances exprimées, les difficultés repérées, les ressources et les envies de chacun.

 

5- Une réunion d’évaluation vient conclure la période d’évaluation, 6 à 8 semaines après le démarrage de l’intervention. A cette réunion sont présents l’équipe DEFI, le service social et la famille.

 

Il s’agit d’un temps de concertation où sont coordonnés le rôle et la place de chacun. Ces temps de réflexion sont des moments privilégiés pour la restitution, à la famille, de nos observations et pour l’élaboration des pistes de travail pour la suite de l’accompagnement.

L’objectif est d’élaborer en quelque sorte « un plan de route » de l’accompagnement proposé par le service DEFI, dans lequel chacun puisse se retrouver.

 

Chaque  réunion est différente  car chaque famille est unique.

Les parents ont une place centrale et acteurs de ce qui se déroule pendant la réunion.

Lors de la  réunion d’évaluation, les rôles de chacun s’articulent, se définissent ensemble pour la suite de l’accompagnement.

Tous les acteurs : référent, service DEFI, partenaires, n’ont pas le même rôle. Certains partenaires  restent acteurs pendant le temps de notre intervention, d’autres vont se mettre en retrait dans le travail effectif tout en restant présents, en lien avec le service, engagés et intéressés.

Tout dépend des missions et des attentes  de chacun, ainsi que des rôles que l’on a définis ensemble.

Dans le cadre d’un accueil provisoire, au terme de la réunion d’évaluation, les parents  ont la possibilité de se désengager si l’accompagnement proposé ne correspond pas à ce qui a été énoncé ou aux besoins de la famille. Dans le cadre judiciaire, il est possible que cette réunion d’évaluation nous amène à solliciter le juge des enfants pour un réajustement ou signifier que l’accompagnement DEFI n’est pas celui qui est opportun pour cette famille.

→ Dans tous les cas, ces temps de réunion font l’objet d’un écrit qui est partagé avec la famille.

 

6- Le fil de l’accompagnement

Suite à la réunion d’évaluation, l’accompagnement se poursuit sous la forme définie ensemble. Nous pouvons alors proposer des :

 

Visites à domicile tous les 10 jours en présence des parents avec ou sans les enfants

Temps extérieurs avec les enfants, individuellement ou pour la fratrie

Rendez-vous individuels avec la psychologue

Accueils relais réguliers au sein de l’établissement si besoin

 

Le travail d’accompagnement privilégie le maintien de l’enfant dans sa famille. Le service peut cependant mettre en œuvre des accueils séquentiels de l’enfant au sein de l’établissement en cas de crise familiale compromettant sa sécurité physique et psychique. Le recours aux ressources familiales (grands-parents, oncles, tantes…) est toujours envisagé avant le recours à l’hébergement au sein de l’établissement, ceci dans la perspective de permettre aux parents de solliciter eux-mêmes ultérieurement cette ressource en cas de difficulté majeure.

Un hébergement régulier de l’enfant au sein de l’établissement est également possible. En préciser le sens est alors un préalable. Par exemple : permettre aux uns et aux autres de souffler, que l’enfant fasse l’expérience d’autres façons de faire famille ou puisse se rendre compte que les limites et les règles structurent le vivre ensemble de chaque famille.

 

L’accompagnement de la famille est rythmé toutes les 6 à 8 semaines par des temps d’échanges appelés POINT DEFI, ce sont des temps de réunion qui sont organisés au sein de l’établissement. Y sont présents l’ensemble des acteurs de l’accompagnement : parents et professionnels.

 

Ø Comme la réunion d’évaluation, les POINTS DEFI  sont des temps de concertation où sont coordonnés le rôle et la place de chacun.

Ø  Ces temps de réflexion restent des moments privilégiés pour la restitution, à la famille, de nos observations et pour l’élaboration des pistes de travail pour la suite de l’accompagnement

 

En effet, lors de la réunion, la famille reste le principal acteur de l’accompagnement proposé. Ainsi, chacun peut s’exprimer sur les rendez-vous effectués et sur le travail engagé.

Chaque réunion donne lieu à un écrit, partagé avec l’ensemble des intervenants. La famille a un droit de regard sur l’écrit. C’est  un outil à l’intention des parents et des partenaires. Il se discute et peut se modifier. Il fera mémoire des axes de travail définis entre nous jusqu’à la réunion suivante.

 

7- L’échéance de la première période d’intervention

Le but de l’intervention est de permettre à la famille de retrouver une situation d’équilibre, avec le moins de souffrance possible pour chacun des membres de la famille.

L’échéance représente la fin de la période des 6 mois. A l’approche  de celle-ci nous faisons en  réunion le point avec la famille et le référent social sur l’évolution du travail engagé et de la situation familiale.

Deux cas de figure se présentent alors :

la famille a retrouvé un équilibre et nous pouvons mettre un terme à l’intervention,

 l’équilibre n’est pas encore trouvé mais le travail est engagé et prend sens pour tous, il peut alors y avoir reconduction de la mesure pour une période de 6 mois

L’idée est que ce soit la famille qui s’exprime : « je veux que ça continue » ou « je me sens prête à continuer sans intervenant».

 

8- La fin de l’accompagnement

Le service DEFI intervient auprès de familles en difficulté dans l’éducation de leurs enfants. Les difficultés entrainent de la souffrance pour les uns et les autres et s’expriment de diverses manières.

La fin de l’accompagnement fait l’objet d’une grande attention, il s’agit de repérer avec la famille quels sont ses besoins au terme de la période de travail réalisée ensemble.

Nous observons  que les dernières semaines de l’intervention sont parfois  marquées par un désengagement progressif des familles sur les rendez-vous, elles sont moins mobilisées dans les échanges et la réflexion, se trouvant moins en difficulté, ou encore nous mettent en position de témoins, nous faisant part des solutions qu’elles ont réussi à mettre en œuvre sans en avoir échangé avec nous auparavant.

La famille est alors en capacité de gérer seule  la suite de notre intervention, en faisant appel à ses propres ressources.

 

Lorsque des relais sont à mettre en place, nous assurons la prise de contact avec les futurs intervenants si la famille le souhaite. Nous sommes attentifs à ce que la famille dispose des informations dont elle a besoin sur les ressources mobilisables dans son environnement. Nous nous assurons également qu’elle sait faire appel à l’extérieur si nécessaire.

 

Le « travail indirect »

L'accompagnement des familles engage l'équipe sur des rencontres régulières avec les jeunes et leurs parents mais notre démarche s'appuie sur des temps d'échanges et de réflexion entre professionnels de formations et de champ d'intervention variés :

réunions d'équipe (responsable, éducateurs et psychologue)

études de situation en présence du psychiatre qui complète notre équipe

analyse de pratique avec des collègues du service d'Accueil Familial Spécialisé avec lesquels nous partageons une pratique de l'accompagnement à domicile et de l'intervention éducative par le biais d'un tiers.

Il s'agit de temps de travail indirect, ces temps de réunion nous permettent une distanciation et une analyse des situations, et un repérage  de la place que nous prenons auprès des familles.

 

Le travail indirect comprend  le temps dédié aux réunions mais aussi:

aux entretiens téléphoniques,

aux temps de trajets qui sont mis à profit pour des échanges « à chaud » entre professionnels ayant partagé un temps de travail en binôme,

à la recherche de partenaires et de développement de réseaux sur les différents territoires de nos interventions,

à l'exploration des ressources mobilisables dans les quartiers de résidence des familles accompagnées

 

Particularité du service DEFI

 

Notre place auprès de la famille

Nous sommes vigilants en permanence à la façon dont nous occupons notre place, à celle occupée par les parents auprès de leurs enfants et à ce qui sera durablement aidant pour la famille.

Nous refusons d'être les pompiers, les sauveurs. Si cela soulage probablement les parents, l'expérience nous montre que cette position ne les incite pas à solliciter leurs ressources, à trouver leurs propres solutions ; les seules qui soient durables.

Notre organisation permet une disponibilité pour écouter, conforter, rassurer, soutenir, encourager sans intervenir à la place des parents. Rappelons que nous sommes vigilants à adopter des postures professionnelles non dis-qualifiantes de l’autorité des parents.

 

Le travail en binôme

Chaque entretien, chaque visite à domicile se fait en présence de deux personnes : éducateur/éducateur ou éducateur/psychologue.

L’objectif est d’offrir à la famille de multiples regards et perceptions de ce qui se dit, ouvrant ainsi les échanges et les débats.

En tant que membre de l’équipe,  on est référent de toutes les situations et d’aucune en même temps, c’est l’équipe dans son ensemble qui accompagne les 10 situations.

C’est là que réside toute la spécificité du service : il n’y a pas qu’une personne qui connaît l’ensemble de la situation et qui « en quelque sorte » construit seule en se référant à son responsable, à son équipe, mais dès le départ, c’est une affaire d’équipe. L’intervention en binôme est un outil utilisé dans ce sens.

L’intervention en binôme est une orientation prise par le service DEFI lors de sa création et validée par l’institution. Cette particularité fait à ce jour partie intégrante du projet de service.

L’intervention en binôme amène de multiples regards, des possibilités d’ouvrir l’échange, chacun de sa place, chacun à partir de sa profession amenant alors sa vision, sa spécificité, sa formation et son expérience.

 

Lors des entretiens, il n’y a pas de « spécialistes », il y a deux personnes avec des approches et des visions différentes, travaillant sur un même objectif : accompagner la famille pour qu’elle retrouve « un équilibre ».

Avec la complexité des situations familiales, il s’est avéré nécessaire de préserver une certaine distanciation dans les relations (capacité de médiatiser les relations conflictuelles au sein de la famille) et de se préserver de l’envahissement des problématiques familiales (capacité à aider chacun, à faire un pas de côté), l’intervention en binôme y contribue.

A ce jour, l’implication des psychologues dans les interventions à domicile est l’une des modalités de nos pratiques.

La position habituelle des familles envers tout ce qui est « psy » est une position de défiance.  La co-intervention « éducateur-psychologue » à domicile permet de dépasser certaines représentations.

Au-delà des étiquettes posées sur les fonctions, la famille  est attentive à la posture de celui ou celle qui intervient.

 

La place du psychologue au sein du service DEFI

Le psychologue participe aux réunions d’équipe, au processus de pré-admission.  Il participe à la commission d’admission avec l’ensemble de l’équipe et prend position lors des décisions.

Il travaille avec les partenaires à l’interne et à l’extérieur, avec une spécificité autour du soin (passage de relais, recherche de lieux).

 

Dans les réunions d’équipe, il apporte un regard et une analyse psychologique. Il formule des hypothèses par rapport aux comportements, à ce qui freine les avancées, repérages des défenses, des points d’appui. Il tente de décoder ce qui se joue dans la famille, dans le système, dans les relations également famille-professionnels avec le souci de la juste distance.

 Il est attentif à la question de l’alliance avec les familles, nécessaire pour le travail mais potentiellement  point de fragilité, avec l'idée de ne pas se faire aspirer par les forces à l’œuvre dans le milieu familial.

Il se montre vigilant également par rapport à l’enfant, son bien-être, son équilibre physique et psychique. Il est attentif à ce que l’enfant  ne soit pas perdu dans le système. Il contribue par son regard à l’attention que porte l’équipe à la souffrance de l’enfant, à la souffrance de chacun.

Le psychologue utilise des outils spécifiques comme le chemin de vie réalisé d'une part avec le jeune et d'autre part avec la famille

Il ne propose pas de suivi, d'accompagnement psychologique au long terme. Par contre, il peut proposer des entretiens de façon ponctuelle.

Ces rencontres peuvent permettre de proposer une 1ère approche d’accompagnement psychologique avant de  avant relayer à un lieu de soins proche du domicile familial, redonner confiance vis à vis de ce lieu. Ce qui se dit dans l’entretien est repris avec la famille en accord avec le jeune.

Dans le binôme éducateur-psychologue un équilibre est à l'œuvre, s'est installé, il permet de prendre soin de chacun, parents, enfants et professionnels.

 

L’évaluation de nos interventions

Si l’on s’interroge sur ce que peut être l’évaluation des prestations proposées par notre service, plusieurs pistes s’offrent à nous :

Offrir une lisibilité des actions menées et renseigner nos interlocuteurs sur l’activité du service

S’assurer que l’on fait ce que l’on a dit

S’assurer de la pertinence du projet au regard des besoins repérés

Lever les yeux du guidon pour s’assurer en équipe que l’on est encore sur le bon chemin

Repérer en quoi nos pratiques sont aidantes pour les enfants et les familles

Etant donné la spécificité du service à son origine, il a été nécessaire que nous élaborions nos outils d’évaluation.

Tout d’abord, un outil statistique, qui comprend comme indicateurs l’activité (taux d’occupation, taux de rotation, évolution des entrées et sorties par UTPAS), les typologies des familles, les types de prise en charge et statuts des enfants accompagnés, enfin les fins de prises en charge (durée, lieu d’hébergement à la sortie, relais formalisés…)

Ces indicateurs quantitatifs nous permettent une évaluation annuelle.            

Pour une évaluation de la pertinence de la mesure DEFI, que l’on pourrait appeler évaluation qualitative, nous avons élaboré un livret d’évaluation qui nous permet de recueillir l’avis des jeunes, des familles et des partenaires. Ils permettent une évaluation dynamique du service et permettent de développer sa dimension recherche action. 

Ce livret a fait l’objet de réajustements après expérimentation et recueil des avis de nos partenaires et des parents

 

Nos perspectives ….

Dans un futur proche, nous souhaitons développer la capacité d’accueil de notre service, aujourd’hui habilité pour 10 mesures, afin d’être plus réactifs aux demandes d’admissions qui sont formulées pour une réponse rapide, une intervention dans un délai très court.

Le travail autour des compétences des parents, de leur positionnement, du vécu de la famille, a ouvert un champ d’intervention nouveau et s’inscrit pleinement dans l’évolution de notre secteur d’activité.

Afin de ne pas figer nos pratiques et de rester créatifs,  il nous faut poursuivre de manière permanente un travail de réflexion, de recherche et d’expérimentation afin d’affiner nos pratiques, de les diversifier et d’en améliorer la qualité en permanence.

Ecrit réalisé collectivement par l’équipe du service DEFI

Haubourdin, octobre 2014.

 

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Date de dernière mise à jour : 20/12/2015