Ne nous appelez plus usager

Usager comme à la SNCF ou à la RATP ,Carteusager2015 16

 Si je vais prendre le train, je l’ai choisi et je le paye. Nous, on n’a pas choisi d’être au RSA.!  Nous on n’a pas choisi que nos enfants soient placés ! "

Ce terme qui a envahi le discours éducatif par nécessité, par conformisme (la bonne pratique) plus de 13 ans se sont écoulés, 13ans pour que ceux à qui il s'applique puissent être entendus ! Mais quel usage sera fait de leur parole? Le temps législatif s'écoule toujours lentement !


« Merci de ne plus nous appeler usagers » Refonder le rapport aux personnes,  rapport du Conseil Supérieur du Travail Social remis à Madame la Ministre Marisol TOURAINE

Ce rapport du Conseil supérieur du travail social vise à « mettre en valeur les pratiques professionnelles qui prennent appui sur les compétences des usagers en leur accordant une réelle position d’acteur de leur projet ou d’un projet collectif ». Il s’agit de dépasser le discours prescriptif pour se pencher sur la réalité de la prise en considération des personnes concernées, en lien avec les pratiques des professionnels.

LES PRECONISATIONS

N° 1. Donner la priorité à l’accès aux droits et à l’application des textes existants

La question aujourd’hui n’est pas tant de rajouter des lois et des procédures que de s’interroger sur les conditions de leur mise en œuvre et les pratiques professionnelles qui en découlent. Car dans la réalité, l’accès aux droits reste très inégal. Il est donc nécessaire de veiller dans les pratiques à passer de « l’usager » au « citoyen », de faire de la participation des personnes un véritable levier de leur émancipation sociale et politique et de l’amélioration de l’action publique.

Le premier objectif doit être de faire appliquer la législation et la réglementation dès lors qu’elles soutiennent la citoyenneté des personnes accueillies ou accompagnées. L’application passe donc par un portage politique fort et par une action pédagogique de grande ampleur.

N° 2. Ouvrir le champ des possibles, encourager la créativité et les innovations ; rappeler l’esprit de la loi du 2 janvier 2002 et aller au‐delà (CVS, mais aussi d’autres formes de participation)

Dans les dispositifs et les organisations, l’innovation suppose une appropriation collective des idées nouvelles et des contributions de chacun au processus d’innovation encouragé par la loi 2002‐2 rénovant l’action sociale et médico‐sociale qui définit des fondements et les missions du travail social et de l’intervention sociale et valorise les droits des bénéficiaires et de leur entourage. Dans tous les établissements et services, il est nécessaire d’envisager différemment les actions pour qu’une participation effective de tous les acteurs soit possible, au‐delà d’ « outils » bien formatés.

En fait, beaucoup d’innovations sont méconnues ; or de multiples formes de créativité, d’innovation, de stratégies alternatives existent. C’est pourquoi l’appel au recensement des pratiques « inspirantes », « significatives », « exemplaires »... lancé à l’occasion du processus des Etats généraux du travail social devrait conduire à la mise en place d’une plate‐forme collaborative, d’un site, à une base de données... dont régulation pourrait être confiée au CSTS, avec une extension de la formule de la commission « éthique et déontologie ».

N° 3. Proscrire du vocabulaire officiel le mot « usager » quand il n’est pas référé explicitement à un objet, un dispositif, une politique...

La terminologie choisie peut avoir plusieurs sens et l’emploi des mots n’est jamais anodin : les termes employés traduisent les représentations d’une société et peuvent être très dommageables pour les personnes.

Quiconque est bien sûr amené à être « usager de... », mais nul ne saurait être identifié comme « un usager par essence, comme si une personne pouvait être définie une fois pour toutes par son appartenance à un « autre monde », celui de « l’usager ».

Par ailleurs et en dernière instance, c’est aux personnes elles‐mêmes de dire comment elles souhaitent être appelées, y compris en faisant de cette question un objet de négociation.

N° 4. Sortir du centrage sur « l’usager‐cible »

Il faut impérativement laisser aux personnes accueillies ou accompagnées des espaces qui leur permettent de se prémunir d’un interventionnisme excessif.

De ce fait, il paraît nécessaire de valoriser les pratiques privilégiant l’écoute plus que l’interventionnisme ou l’activisme qui renforcent l’assistanat, et ainsi se préoccuper avant tout de gérer la meilleure distance possible au vu des besoins, des demandes, des attentes des personnes. Cela peut passer par un « lâcher prise » surtout lorsqu’est utilisée abusivement l’expression « prise en charge ». Cela ne signifie pas bien sûr l’adoption d’une position de repli consistant à délaisser une personne, à l’abandonner à ses difficultés.

N° 5. Elargir la représentation des personnes directement concernées par les politiques sociales dans les instances officielles, nationales et locales, notamment au sein du Conseil supérieur du travail social La reconnaissance de la nécessaire participation des personnes accueillies et accompagnées implique de leur donner une réelle place dans le débat public, de leur permettre de contribuer à l’élaboration et à l’évaluation des politiques publiques qui les concernent. Ce principe devrait s’appliquer à toutes les formes de conseils, hauts conseils, observatoires, agences..., dans la continuité avec les conseils, comités locaux... destinés à favoriser la représentation et la participation de tous les publics. Concernant le CSTS, puisqu’il promeut la participation de ces personnes, cela devrait impliquer la traduction des intentions en action concrète et imposer la réflexion sur leur intégration comme membres de ce conseil à part entière.

N° 6. Développer l’accompagnement de la démarche participative de toutes les personnes aidées ou accompagnées au‐delà du périmètre de la lutte contre la pauvreté

Outre les nombreuses formes de participation de personnes en difficultés dues à la pauvreté et l’appui à leur apporter, il est essentiel de veiller au soutien des autres personnes, notamment celles relevant des politiques du handicap, de la protection de l’enfance, de la perte d’autonomie. Aussi, dans tous les cas, la reconnaissance et l’accompagnement de la démarche consultative et participative qui associe pleinement les personnes à la définition de l’action, à sa réalisation et à son évaluation locale et nationale pour penser et développer collectivement de nouvelles réponses, sont à développer fortement.

N° 7. Impulser des travaux de recherche « collaborative », au‐delà de la recherche‐action n’impliquant que les professionnels de la recherche et du travail social

Afin de connaître et comprendre les situations et les problèmes des personnes, d’analyser les actions menée, d’envisager l’avenir, il importe d’impulser et de réaliser des travaux de recherche qui permettront une meilleure intelligence « de l’agir ». Ce type de travaux de recherche à développer se situe dans le cadre de la recherche‐action quand ils mettent en synergie des chercheurs et des professionnels, mais aussi dans la « recherche collaborative », en associant des personnes aidées et accompagnées.

N°8. Associer les personnes aux formations initiales et aux formations tout au long de la vie, en valorisant leur expertise et en ne se satisfaisant pas de leurs simples témoignages

Dans la formation des travailleurs sociaux, il est nécessaire de s’appuyer sur l’expertise de la participation acquise par des personnes en situation de précarité. Il s’agit donc de développer des formations partagées, des méthodes et des outils appropriés, en associant le savoir d’expérience des personnes en précarité, le savoir scientifique et le savoir de l’action. Plus précisément, il importe de développer des actions de co‐formation avec les personnes accompagnées dans un cadre institutionnel (collectivités, associations, centres de formation...), de désigner des référents de stages parmi les personnes accompagnées dans les sites qualifiants.

N° 9. Repenser la place de l’encadrement de proximité et des cadres dirigeants dans les organisations et donc les organisations elles‐mêmes

Le cadre de proximité doit être une aide pour les professionnels, accompagner et soutenir les professionnels dans leurs pratiques, mettre en valeur les projets qui sont faits avec les personnes en difficultés. Il doit pouvoir donner une impulsion forte et constante entre la prise en compte de la réalité du terrain et les objectifs politiques et institutionnels, sur le plan de l’éthique, et de la participation des personnes accompagnées.

Le cadre dirigeant, quant à lui, se doit de mettre en œuvre les orientations définies par l’institution ou l’association et par la puissance publique, avec toute la connaissance du cadre juridique et règlementaire, sans perdre de vue la finalité de l’action sociale. La compétence institutionnelle ne doit pas être seulement gestionnaire, mais réaliser son objectif d’action avec et pour les personnes aidées.

N° 10. Mettre en place, de manière systématique, des temps de réflexion sur les pratiques

A tous les échelons, le besoin d’espaces (en temps et en lieux) autorisant le débat et l’interpellation sur les pratiques est important. Les dialogues, discussions, débats sont nécessaires, ils permettent l’analyse, la mutualisation des pratiques et des connaissances. Ces temps doivent être inscrits dans le fonctionnement des établissements et services de tous secteurs et financés comme tels.

N° 11. Identifier des lignes budgétaires pour faciliter la participation

Faire de la question de la consultation et de la participation un chapitre obligatoire des projets d’établissements et services (élargissement de l’article 12 de la loi 2002‐2), et prévoir le financement de la participation des personnes accompagnées (remboursements de frais, défraiements ou indemnités).

N° 12. Charger le CSTS du suivi de ces questions, en lien avec d’autres instances (CNLE, CNCPH...)

 

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