La voix des enfants de la rue

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PLutôt qu'un long discours, laissons la parole à Rachel MWANZA:

"J’ai beaucoup parlé, rêvé aussi, hantée par les voix des enfants de la rue…

Vous me reconnaissez ?

Regardez de plus près ?

Alors, que voyez-vous ?

Rien ?

Rien du tout ?

Eh bien, c’est que vous m’avez reconnu alors…

Aujourd’hui, j’ai le privilège d’être vue et entendue, alors je profite de la chance qui m’est donnée pour vous transmettre le message qu’enfant de la rue, j’aurais souhaité que vous entendiez :

Oui, c’est bien moi : le parasite, l’indésirable, l’inutile et surtout l’INVISIBLE !

Vous ne me voyez pas car je n’existe pas à vos yeux. Tantôt une statistique sur un rapport, tantôt un désagrément dans votre quotidien que vous croisez avec indifférence dans les rues de Manille, Bucarest, Sao Paulo, Delhi ou Kinshasa.

Je suis le rat que l’on déteste, je suis l’enfant de la rue.

Abandonné, humilié et rejeté, je "jonche" les rues des villes du monde entier. Je hante vos cartes postales et pollue votre air, mais pourtant, avant d’être à la rue, je suis un enfant.

Un enfant comme le vôtre et comme vous l’étiez certainement.

Mon passé est douloureux et mon présent une torture, mais je reste un enfant.

Et comme tout enfant, j’incarne le futur, notre futur.

M’abandonner, m’humilier et me rejeter, c’est renoncer à rendre ce futur meilleur.

 

Ce n’est pas de votre faute si je suis devenu un enfant de la rue. Mais vous êtes tristement complices si, comme des millions d’autres, je le reste. Que faire pour que ça cesse ? Eh bien, commencez par accepter de me voir ; ne plus être invisible, c’est faire partie des vivants, c’est exister.

 

J’espère qu’en me voyant, vous me reconnaitrez comme l’un des vôtres. Alors, peut-être que la détresse de ceux au nom desquels je parle vous touchera et vous vous engagerez pour qu’elle disparaisse à jamais.

Je vous en prie, regardez-moi, entendez-moi et surtout écoutez-moi.(…) "[1]

[1] RACHEL MWANZA et MBEPONGO DEBY BILAMBA, Survivre pour voir ce jour, PARIS  J’ai lu, 2015, p.10

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Date de dernière mise à jour : 20/12/2015