Harry suivi à domicile

Mais vous n'avez pu vous rendre aux journées de l'ANPASE à Biarritz les 2 et 3 octobre 2014.

Toujours à la pointe de l’innovation Harry se propose de vous faire partager son expérience.

Etude de mon cas :

Moi enfant déplacé, je veux rentrer à la maison

A la maison, j’avais  été confronté à la pauvreté, à la précarité  mais depuis j’ai eu un riche parcours de placement ; de quoi  inviter tout apprenti travailleur social à déconstruire ses représentations habituelles du placement.

Ma mère boit, c’est mon père qui gère le budget et la carte bleue, il ne donne que du liquide à ma mère.

Mon père, est ce qu’on appelle une personne ressource.

Ma famille est bien connue des travailleurs sociaux.

Formulé autrement, on pourrait dire qu’on est proche d’une situation d’overdose d’interventions sociales ; alors le juge va proposer un  « placement à domicile » genre méthadone à raison de quatre à cinq fois par semaine

Ma famille a des savoirs de parents, de grands-parents,

Ce qu’on dénomme dans votre jargon : la compétence des familles

Mais nul ne sait jamais qui sait quoi exactement.

Le secret de famille, le non-dit, maître silencieux de leur destin ; de quoi nourrir les spéculations des travailleurs sociaux les longues soirées d’hiver ; dans le cadre du secret partagé, bien entendu.

Trucs et astuces :

Le travail des professionnels consiste à transposer, sur le mode intensif, là où est l’enfant, les moyens éducatifs mobilisés traditionnellement en internat avec la possibilité, inscrite dans la mesure, de placement de l’enfant en urgence en cas de crise, qu’y disent !

Bien que compétente ma famille est présupposée criser un jour où l’autre. En prévision des éventuelles crises, tout travailleur social est équipé d’un parapluie offert par son Conseil Général, son chef aussi, le chef de son chef…  Les professionnels bénéficient eux d’un présupposé de  « pas de défaillance possible » puisqu’ils sont professionnels.

La mesure doit être limitée dans le temps.

Les 6 premiers mois servent à nouer une relation de confiance

Les 6 mois suivants servent à l’accompagnement

Les 6 derniers permettent de travailler l’addiction à cette pratique afin de permettre une « bonne » séparation

L’hébergement en temps de crise est aussi appelé « solution de repli » ou « oxygénothérapie ». En théorie, dans un langage savant, il s’agit de ré-oxygéner la relation parent-enfant par l’intervention d’un tiers qui permet d’ouvrir un espace de différenciation et de distanciation d’avec l’évènement...

En pratique, dans le langage courant, c’est la veille du weekend et il vaut mieux ne pas courir de risque inutile   

Le forfait 72h est souvent compris dans la mesure ; 72h pour se refaire une santé en dehors de la maison pour les enfants. Mais il vaut toujours mieux, dans ce cas avoir recours aux ressources familiales : les grands-parents, l’oncle Georges, ou la voisine du dessus.

Mes parents sont des ex-enfants de la DDASS, mon accueil dans la maison mère du Foyer de l’Enfance est donc, à privilégier.

Des interventions à domicile pour « travailler » le couple parental sont à engager. Le coaching de la famille par un couple éducatif, afin d’être contenant vis-à-vis du couple conjugal est à proscrire.

Redonner vie à l’autre, par le jeu de la parole est un mythe de l’intervenant éducatif qui a la peau dure. Mais que fait la police, a-t-on envie de s’exclamer, face à certains couples conjugaux moribonds ! Je ne parle pas de mes parents, bien sûr, c’est chez les autres !

Mais attention à bien choisir les intervenants !

A éviter les « hommes orchestre » ils connaissent la musique et pensent ne pas avoir besoin des autres ; éviter aussi d’envoyer ceux « qui ont de la bouteille » dans ma famille alcoolo-dépendante.

A éviter aussi, le « petit jeune qui en veut » il risque de penser à la place de l’autre, déjà qu’il cause à la place de tout le monde ! Et puis ce n’est pas bien d’être plongé si jeune, si innocent dans un monde dont il ne sortira pas indemne.

A éviter les « soignants », les « experts », les « spécialisés » ma famille n’est pas un laboratoire, et moi je n’ai rien d’un cochon d’Inde même si ma mère me « bien-traite » de cochon de temps en temps. Et puis comment voulez-vous que mes parents reprennent confiance en eux pour savoir tenir debout, seuls ensuite, après s’être inclinés, des mois durant, devant tant de grandeur et de savoirs.

Préférer des professionnels spécialisés avec formations complémentaires

Pour ma part, je conseille à la petite éducatrice qui vient à la maison avec sa petite auto rouge d’avoir aussi une formation de pompière.

Préférer des professionnels cohérents ; à ce qui parait être en accord soi-même, entre ce que l’on est, ce que l’on fait, ce que l’on dit, ça s’appelle être congruent.

Sans être juge du passé, ni gardien du temple ASE, accepter de nous accompagner moi et ma famille, dans l’ici et maintenant, voilà ce qui serait bien. Moi je crois que pour certains c’est une véritable révolution intellectuelle qui devra s’opérer, gare à la surchauffe des neurones.

Préférer des professionnels qui prennent soin de nous et de l’environnement

Vu que mon père criait fort, l’éduc a conseillé la pose de double vitrage et a prescrit du sirop pour la voix. Vu que ma mère était encombré par un problème d’alcool, il lui a proposé de régler un problème à la fois ; première étape recycler les bouteilles vides au supermarché belge, ils rachètent les cannettes vides, ainsi avec l’argent récolté...

Et puis il y a ce qu’ils ne vous apprennent pas à l’école d’éducateur. Le partage d’un vécu quotidien pendant des mois crée des conditions très propices à devenir une personne significative dont on a le désir de prendre certains modes de pensée ou d’agir pour construire sa façon d’être parents.

Parce qu'ils sont devenus dépendants des adultes qui interviennent à domicile et qu’il n’y avait pas de place pour le métissage, le tricotage des cultures, mes parents sont maintenant tiraillés dans un conflit de loyauté : entre habitus et éducation psycho-socio-éducative.

Pour ceux qui comme moi, qui ne connaissent pas tous les gros mots, on va dire que de par  notre origine sociale, nos premières expériences ainsi que notre trajectoire sociale, se forment, de façon le plus souvent inconsciente, des inclinaisons à penser, à percevoir, à faire d'une certaine manière, dispositions que nous intériorisons et incorporons de façon durable d’où la résistance au changement.

Pour ce qui est du psycho-socio-éducatif, mon éduc, traduit ça par  «recommandation des bonnes pratiques de mon laboratoire», pas de ma vraie vie.

Enfin, il vous faudra, le moment venu, travailler la séparation.

Ma mère dit « on s’est habitué à vous… on n’a pas beaucoup d’amis… des comme vous, qui nous écoutent et nous comprennent… Mon père lui, critique l’éduc, sans doute pour mieux le rejeter, être à l’initiative de la rupture pour éviter de vivre un nouvel abandon.

 

Quant à moi, je me dis que l’on ne peut bien se séparer, que si l'on est bien attaché.

Alors c’est à ce moment-là seulement que vous vous rendrez compte, si vous êtes un « bricoleu » comme on dit chez nous ou un artiste du placement « dit » à domicile !

Harry

 

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