Harry placé à domicile

C'est son éduc qui a eu l'idée. Il lui a dit. « Toi, t’es un enfant qui n'a pas de place chez toi, en tout cas, pas une place d’enfant, alors on va te placer chez toi sinon tu seras placé ! »

Moi, Harry,  j'avoue que ça me dépasse, tout ça.

Du temps de mon père et de mon grand-père, il y avait des assistantes sociales qui venaient à la maison. Elles venaient pour faire un rapport qu’y m’a expliqué mon père ! J’ai fait celui qui a compris et j’ai dit à mon père, le rapport, c’est comme quand Simone vient pendant que son mari est à la chasse et maman aux courses. Une baffe plus tard, du genre de celle qui vous remet les idées en place, j’ai compris qu’elles venaient pour prendre les enfants car mon grand-père et mon père étaient réputés incurables et inéducables. Quant à ma grand-mère et ma mère, elles étaient juste bonnes à faire des débiles, des imbéciles et des idiots, qu’y disaient dans le temps !

Eh ben tout ça c’est fini, les nouvelles assistantes sociales, les nouveaux éducateurs, ils s’adressent à mes parents comme à des gens compétents.

Mon père y trouve ça louche.  Si tu prends une photo et son négatif, toutes les couleurs sont inversées mais c’est toujours la même chose, qu’y dit mon père, c’est du pareil au même !

Il y a quand même un truc bizarre. Si mes parents sont si compétents que ça, pourquoi il y a quelqu’un qui doit venir à la maison plusieurs fois par semaine, des mois durant !

Je dois quand même reconnaître que ça a transformé notre vie. Exemple, quand mon père, il s’adresse à ma mère « à quoi tu penses, la vieille ? » Elle lui répond « je pense à ce que m’a dit de penser le DJ ! » et quand le DJ vient à la maison apporter la bonne parole, avec ses Q-Ré, à mon mécréant de père. Celui-ci répond « c’est O-OK ». Tout comme le parler des banlieues, le placement à domicile a développé une nouvelle culture avec de nouveaux mots. Le Q-Ré, par exemple, c’est une question qui contient la bonne réponse, O-OK veut dire objectif ok, DJ veut dire coach éducateur…

Je dois avouer que je n’y ai pas cru au début, mais un vrai travail de collaboration parents/professionnels s’est tricoté au fil des jours. Ma mère donne des conseils au DJ, dont le petit dernier, fait ses dents et dont la femme est en situation de risque de baby blues. Mon père le renseigne sur comment éviter de payer ses amendes et garder tous les points de son permis et puis, il lui a trouvé un de ses potes, pour carreler sa maison au black !

Ça doit être dur d’être DJ, il faut être courageux !

Avec tous les problèmes qu’ils ont chez eux, encore s’occuper des problèmes des autres, moi, je dis chapeau ! J’espère que notre DJ va quand même, trouver le temps d’aller en formation à l’ANPASE les 2 et 3 octobre 2014 à Biarritz, réfléchir avec les autres DJ à sa pratique et à ses postures professionnelles.

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