Les publics invisibles

« Le monde social semble ne poser question qu’à partir du moment où il est rendu visible sur un mode spectaculaire ». [1]

 

L’ONPES, via son bureau d’études - FORS-Recherche Sociale, a engagé une étude exploratoire, sur la pauvreté et l’exclusion sociale des publics « invisibles », définis comme des groupes de populations mal couverts par la statistique publique, peu visibles pour les pouvoirs publics, et peu / ou mal appréhendés par les politiques sociales. [2]

Leur étude les conduit à nous proposer 5 ‘types’ d’invisibilité de nature un peu différente :

- Une invisibilité politico-médiatique

- Une invisibilité sociale

- Une invisibilité institutionnelle

- Une invisibilité scientifique

- Une invisibilité recherchée par les publics eux-mêmes

 

Cette typologie est par essence construite mais procède d’une analyse des différents facteurs pouvant expliquer l’invisibilité des publics pauvres :

• Du côté des publics : souhait de ne pas se rendre visible (honte, non adhésion aux principes et normes de l’aide, situation illégale), isolement géographique (faible accessibilité aux services), isolement social et relationnel, distance vis-à-vis des institutions…

• Du côté de l’action publique : absence de volonté politique, inadaptation des modalités de comptage statistique, insuffisance des moyens de repérage, situations aux marges des dispositifs publics (effets de seuil, hors catégories traditionnelles de l’action publique), manque de lisibilité et complexité des dispositifs, fin de prise en charge…

Les auteurs soulignent que ces différents ‘types’ ne sont pas exclusifs les uns des autres. Bien au contraire, ils sont fortement corrélés et découlent les uns des autres.

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« ENSEIGNEMENTS PRINCIPAUX ISSUS DES AUDITIONS SUR « L’ENTOURAGE FAMILIAL DES ENFANTS PLACES OU EN VOIE DE L’ÊTRE » ET PISTES D’ETUDE

Concernant ce public, les principaux facteurs d’invisibilité mis en exergue par les participants aux auditions concernent :

• La honte ressentie par ce public, en lien avec les représentations sociales persistantes autour des « parents indignes » : sentiment de double disqualification, à la fois éducative et sociale engendrant une perte d’estime de soi ; difficulté à passer la porte des dispositifs d’aide, et à être dans le face-à-face avec des professionnels…

• Son isolement relationnel : faiblesse du capital social, renforcée par la stigmatisation générée par le placement

• L’origine sociale la formation et les pratiques des professionnels : écarts de codes langagiers et sociaux entre les professionnels et les parents d’enfants placés menant à des incompréhensions ; formation axée sur une approche éducative, « psychopathologisante » du lien parent-enfant et peu sensible aux questions relatives aux conditions de vie matérielles ; sentiment d’impuissance des professionnels face à des difficultés matérielles et sociales qu’ils n’ont ni la capacité ni les moyens de résoudre ; résistance d’ordre « éthique » à renseigner les éléments relatifs à la situation économique et sociale des parents (crainte de trop en dire, de mettre les familles en porte-à-faux, de les stigmatiser...) et encore plus à partager ces informations…

• L’absence d’existence politique : absence d’association regroupant les parents d’enfants placés qui permettrait de porter une parole collective.

 

Une autre invisibilité a été mise en avant, celle des liens avec la famille élargie existant avant le placement. Pour les participants, ces liens ne sont pas sollicités, voire sont mis à distance (on s’en méfie)… »

 

Ce coup de projecteur, sur ces publics invisibles, mérite d’être souligné par l’ANPASE.

Les professionnels que nous sommes, soutenons cette mise en visibilité sur la scène publique, espérant que du côté de l’action publique, d’aucuns pensant que cette étude est écrite à l’encre sympathique ne la classe dans un tiroir comme tant d’autres avant elle !

 

[1] Beaud S., Confavreaux J., Lindgaard J. (dir.), La France invisible, Paris, Editions La Découverte, 2006.  

[2] Etude sur la pauvreté et l’exclusion sociale de certains publics mal couverts par la statistique publique – ONPES – FORS recherche sociale   RAPPORT FINAL D’ETUDE_MAI 2014_Juliette Baronnet _Sarah Faucheux-Leroy _Pauline Kertudo

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