Artisans du travail social

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Nous artisans du travail social, nos métiers nous conduisent à prendre soin des autres, chacun de notre place. Toi, Serge le veilleur de nuit d’internat, toi Patricia la maîtresse de maison, toi Aline et toi Emilie  éducatrices, toi Saad et ton pote Djamel cadre socio-éducatif, toi Paulo le directeur, toi Charles le retraité qui vient témoigner, avec tes mots d’avant, qu’il y a toujours quelque chose de bon chez l’autre à Audrey et Géraldine qui accompagnent enfants et parents à partir du domicile… et tous les autres qui militent à l’ANPASE nous affirmons que le travail social est plus nécessaire que jamais.

Notre société a besoin de tisseur, de tricoteur du lien social. Elle a besoin de professionnels qui ont le goût des autres, qui osent risquer l’empreinte de l’autre, qui acceptent de ne pas réduire les autres à ce qu’ils nous donnent à voir ou à entendre, ou à leur silence ; de continuer à les voir comme des hommes, de les reconnaître dans leur différence, qu’elle soit ethnique, sociale, culturelle ou religieuse.

Il n'est guère possible, de se penser soi-même sans penser les autres et la façon de penser les autres est déterminante, à la fois pour l'autre et pour soi. Que l’on soit un travailleur social ou une personne en difficulté sociale, en grande détresse ou en état de grande dépendance ; en fait face à toute personne.

Le travail social nous pousse hors de notre façon habituelle de penser et de nous comporter. La rencontre avec l’autre, nous oblige à sortir du caisson de nos certitudes dans lequel nous agissons et réagissons de façon automatique.  «Vivre, c’est être utile aux autres» à condition de ne pas vouloir imposer à l'autre une représentation du monde qui serait supposée meilleure parce qu’elle est la nôtre.

Dans la confrontation à l’autre, ne lui faisons pas l'offense de croire que, parce qu'il est en difficulté sociale, handicapé, malade, pauvre , il serait de surcroît dépourvu de ressources psychologiques et affectives, de compétences !

Mais tout cela passe au second plan, à notre époque. Constamment est remis en cause l’utilité sociale et la rentabilité de ces artisans du travail social qui continuent d’entretenir des relations tout simplement humaines avec les populations qu’on perd de vue.

La construction d’un « marché du social » fondé sur l’émulation de la concurrence (appels à projets ; nouvelles tarifications ; allègement des normes de fonctionnement ; dé-conventionnements …) vise le développement de services ayant pour objectif d’être de « meilleure » qualité mais moins coûteux. Les acteurs du travail social sont alors réduits à de simples opérateurs prestant des services standardisés.

Cette « marchandisation », légitimée par la recherche de la performance, n’est pas sans conséquence pour le travail social. Elle s’accompagne d’une course à la technicité, dans une recherche d’outils et de spécialisation.  

Nous avons vu se mettre en place, la recherche d’un nouveau fondement des valeurs professionnelles à travers des pratiques d’évaluation qui se voulaient objectives,  conjointement à une prise de pouvoir des gestionnaires et autres experts consultants qui développent des protocoles et normes de bonnes pratiques, au détriment de l'expertise autrefois mieux reconnue des professionnels de terrain.

Le temps de travail d'accompagnement de proximité se trouve, par ailleurs, réduit au profit de tâches administratives, obsession de la rationalité gestionnaire, prétendument gage de l'efficacité des services.

Nous avons vu émerger de nouvelles compétences, de nouveaux métiers dans la gestion des ressources, dans l’animation des réseaux ou la mise en synergie des acteurs locaux, bien loin du travail d’accompagnement direct des populations en difficulté.

Nous artisans du travail social, sommes-nous de la race des dinosaures, une espèce en voie de disparition !

Mais qui osera, alors, oser le risque de l’empreinte de l’autre !

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Date de dernière mise à jour : 20/12/2015