Quand Fleurette nous fait partager ses réflexions

Besoin de mettre en vrac tout ce qui m’assaille car mes lectures, mes réflexions me poussent à certains constats, certes à affiner, mais il m’est nécessaire de poser ces réflexions puis d’y revenir.

J’avais coutume de dire lors de mes interventions en pédagogie à l’IFPSS , que bien sur on sait ce qui est bon pour l’enfant, on sait les courant pédago qui ont fait leurs preuves, mais surtout on s’évertue à ne pas s’appuyer sur ces solutions…  le monde moderne entend on , évolution des techniques, brassage des cultures…peut-être, mais une personne qui souffre, d’une maltraitance quelle qu’elle soit (physique, psychologique, affective…) elle souffre et peu importe sa culture et son âge… et ce dont elle a besoin c’est de l’attention, une relation vraie, une absence de jugement, une écoute , de la considération et du respect, tout cela pour construire avec elle une vraie relation. Pour cela il faut du temps, élément qui manque cruellement, que l’on soit dans le contexte de la protection de l’enfance ou de l’accompagnement des personnes âgées.

J’ai travaillé toute ma vie professionnelle auprès des enfants et ados, j’ai découvert la p en charge du 3ème âge à l’IFPSS dans la formation des AVS et AMP…

Et quelle découverte !!!

Je réalise que les « grands » qui sont pour moi référence et supports de réflexion (je n’ai pas dit adhésion inconditionnelle) sont des personnes qui ne se sont pas arrêtées à un seul domaine d’observation : Cyrulnik, Bateson, Toby Natan, le trio Chauvière-Belorgey-Ladsous, Rogers ; bien sur une dimension sociale mais avec quel regard sociologique, éthologique, ethnologique, pédagogique….

 

Et pour tous d’une grande humanité…et puis il y a ceux qui maintenant apportent encore, R.Coenen (éduquer sans punir) L.Fouarge (Troubles Sévères de l’Attachement), X.Pommereau et son travail avec les ados suicidaires…..

Dans le contexte de notre métier, et j’utilise volontairement ce terme, il me parait indispensable de revenir aux fondamentaux… ceux-ci ont « tendance » à disparaître alors on peut parler de « l’usager au centre du dispositif », de « mise en place du projet personnalisé », d’évolution du vocabulaire…mal voyant, mal entendant, personne en situation de handicap, mal comprenant…et toutes ces finesses ne servant qu’à noyer le poisson…

Mettre l’usager bien loin de celui qui pourrait peut-être l’aider par une relation éducative saine et constructive, mais il est noyé sous des dossiers, sous le nombre de situations à assumer, sous l’impossibilité de créer les outils de cette relation, multiplication des injonctions paradoxales, « risque zéro », pas d’utilisation d’outils, aucune activité dite « à risque » alors que l’on sait que l’enfant grandi et se construit avec le risque … où est la pédagogie mise en place à l’AVVEJ, qui a permis à tant d’ados de s’en sortir….il ne leur reste que les prises de toxiques pour « prendre des risques »

Donc ce qui me parait vital c’est le retour aux fondamentaux pour une reconstruction de notre éthique professionnelle…

On peut bien sur parler de l’AED (à la mode) de l’AEMO (ce n’est pas pareil), de la notion de projet…. Mais la base de tout cela c’est ce que l’éducateur met dans sa boîte à outils !

Qu’est-ce que c’est un travailleur social militant pourrait on plagier sur une certaine pub…

En 2007 je ne sais plus…Pourtant il m’avait toujours paru évident qu’une certaine dose de militantisme allait de pair avec notre métier….lutte contre la pauvreté, lutte contre la maltraitance, contre la violence, il faut une certaine forme de révolte et donc d’engagement...

Cependant je souhaiterai faire un rapprochement avec le fonctionnement du milieu scientifique…

Charpack, Gilles de Gennes, H.Reeves,  sont les héritiers d’une longue lignée de chercheurs, de découvreurs, les découvertes des uns impulsant les recherches des autres et permettant une évolution scientifique vers….notre mieux être ? Je ne sais pas, la peur parfois….mais on a la sensation d’une chaîne où  chaque scientifique est relié à l’autre…

 

Rien de tel dans notre  milieu psycho-socio-éducatif….

Bien sur les sciences humaines ne sont pas des sciences exactes, mais il me semble que depuis longtemps de nombreux chercheurs, penseurs, observateurs, thérapeutes, pédagogues ont partagé leurs constats et ont permis de dégager des constantes en ce qui concerne la prise en charge des enfants en souffrance, le soutien aux professionnels (entre autre dans les séminaires ANPASE), des résultats extrêmement probants ont été évalués, où en est-on ?

 

Lors des différentes formations que j’ai pu suivre, des colloques et congrès auxquels j’ai pu assister, des intervenants souvent connus dans nos milieux professionnels nous ont fait partager leurs expériences, leurs analyses, en résonance avec les nôtres, une fois sur le terrain c’est très mal vu de penser, d’amener du contenu à notre travail….c’est : « pas de vague, pas de risque, tout légalité jusqu’au non-sens…pas de formation clinique »…etc.

Mrs Piaget, Freinet, Jeammet, Lemay, Naouri, Pomereau, Deligny, Mmes Dolto, Montessori, Manonni etc…Vous nous avez tant apporté et pourtant vous citer est si souvent mal venu…

D’abord parce que nos éducateurs ne lisent pas, ils sont incultes et c’est comme si ces personnes appartenaient à la « scolarité », comme s’ils n’avaient rien à voir avec nos réalités de terrain.

 

Mais je ne veux ici porter aucune accusation ni jugement, la pensée est exclue de nos établissements, « les gens confus nous rendent confus », rivalités et bruits de couloirs tiennent lieu de réflexion et aucune plage horaire ou espace de formation interne ne permet aux cadres de gérer intelligemment leur équipe. Quotidiennement dans l’agir, dans la gestion de la souffrance des enfants et des adultes, prendre du temps est un luxe et un choix militant.

Pourtant nos revues spécialisées regorgent d’articles passionnants ciblant à juste titre nos questionnements, nos préoccupations :

« Souffrance des usagers, souffrance du personnel », « l’évaluation une démarche éthique ? », « réinjecter de l’humain dans les organisations sociales » (pourquoi, il n’y en a plus ?), « Formation ou formatage ? » « Les services sociaux gagnés par le business », mais nous ne devons pas avoir les mêmes lectures ni les mêmes préoccupations que nos décideurs…

 

« La perversion c’est qu’on réduit les équipes éducatives et soignantes à n’être que des robots interchangeables au service d’une technique hautement scientifique et humaniste, et ensuite on leur reproche de n’être pas créatifs, motivés et que sais-je encore !!! »(G.Godard)

Bien sûr que la démarche clinique est le seul outil qui permet d’assurer notre mission qui est de produire de l’humain, mais en sommes nous tous persuadés ? Qu’est-ce que nos directions nous demandent ?  Notre métier n’est pas réduit à un savoir technocratique…

Les professionnels sont maltraités au nom de la loi de 01-2002, des 35h, hygiène, sécurité etc… mais où est la bientraitance de l’usager qui comme chacun le sait est  «au centre du dispositif », professionnels et usagers ne sont pas mieux traités…!